Le dernier guerrier

Le sang, voilà la matière première des marionnettes. C’est le contraire de la télévision, qui triomphe en nous donnant l’illusion d’assister pour de vrai à l’insoutenable.
La marionnette aussi s’est nourrie de mort et de sang pendant des siècles. Mais ces violences, stylisées, poétisées, que d’autres, plus petits que nous, vivaient sous nos yeux et à notre place, nous aidaient à nous libérer de la violence, à en sourire même, alors que les équivoques frissons télévisuels ne font que resserrer le filet dans lequel nous sommes pris au piège.
Il faut redonner du sang à la marionnette, apprendre aux manipulateurs à se faire féroces et impitoyables, à bouger leurs pantins dans d’exécrables nuits de terreur, pour que nos nuits soient plus sereines.

Massimo Schuster

Ce sont des bribes d’histoires. Une vie d’homme dont certains fragments remontent à la surface à l’ultime moment. C’est Achille, allongé dans l’herbe, sous les remparts de Troie l’imprenable. Il a une flèche fichée dans le talon, le seul endroit vulnérable de son corps fait pour le combat. Par bouffées hallucinées, les souvenirs se rappellent à lui.
C’est un artisan dans son atelier, vague Geppetto, bien gaillard quand il ne frise pas la dépression, un peu docte, un peu cabot, et qui aime le jazz et le gin. D’envolées lyriques en drôleries loufoques, en passant par des moments de folie glaçante, il nous entraine sur fond de swing, à la rencontre des moments les plus marquants de la vie du héros, dans un univers aussi féroce que bizarrement familier.
Evoquant l’histoire de la guerre de Troie, moment charnière où la civilisation grecque bascule vers la modernité, Le dernier guerrier fait ressurgir, à travers une écriture personnalisée qui délaisse les éléments d’ordre divin, des personnages et des évènements familiers, enfouis dans notre inconscient collectif et nous les offre joyeusement décapés, à la lumière de notre actualité.


LA PRESSE
Campé derrière son établi, vêtu d’un tablier de charpentier qui lui donne un faux air de Geppetto, Massimo Schuster nous raconte la guerre de Troie d’une manière surprenante et inédite. Tantôt acteur, tantôt conteur, il utilise des marionnettes, superbes objets d’art brut en métal et en terre, qu’il entoure d’un tissu, pare d’une armure, secoue ou démantibule. Pour faire surgir cet univers alliant la beauté à la simplicité, Massimo Schuster s’est associé au plasticien italien Roberto Abbiati, auquel il a donné carte blanche pour notre plus grand bonheur. Avec beaucoup de liberté et d’infinies audaces, le comédien-marionnettiste nous donne à voir de sublimes batailles, raconte le courroux d’Achille et la mort d’Hector, la félonie d’Agamemnon... Amoureux des grandes épopées, il ne se prive pas d’épicer son récit d’une pointe d’humour et de scepticisme. S’interrogeant sur les origines de l’invincibilité d’Achille, la prétendue vertu d’Hélène... On rêve, on frissonne, on tremble, on rit. Une bien jolie manière de redécouvrir la mythologie.

Christine Monin, LA VIE le 6 décembre 2007


  • Écriture, mise-en-scène et jeu Massimo Schuster
  • Marionnettes et scénographie Roberto Abbiati
  • Création lumières et régie générale Silvio Martini
  • Production Théâtre de l’Arc-en-Terre
  • Coproduction TJP Strasbourg / CDN d’Alsace et le Théâtre des Salins, scène nationale de Martigues
  • Le Dernier Guerrier a reçu en 2008 le prix de l’Association Italienne des Critiques de Théâtre.