Roncevaux!

Je n’en aurai jamais assez de revenir sur ces histoires de héros, ces morts prétendument glorieuses et ces amours impossibles, ces intrigues complexes, ces trahisons, ces mesquineries, ces honneurs perdus et ces chastetés défendues bec et ongles qui, après avoir peuplé mon enfance, continuent aujourd’hui à me paraître indispensables pour faire face à la désespérante trivialité d’une société qui ne sait plus rêver, oser et s’élancer à la conquête de l’Inaccessible Étoile.

Nous sommes faits de ce dont les rêves sont faits, disait Shakespeare. Alors rêvons, que diable ! Et pour nous exercer à mieux rêver retournons encore et encore à Golconde et à Elseneur, voyageons de Shangri-La à El Dorado et engouffrons-nous une fois de plus avec témérité dans la gorge de Roncevaux !
Massimo Schuster

Ainsi, face au fantôme de sa bien-aimée, armé d’une improbable lame de Tolède et de beaucoup de marionnettes — les splendides figures cubistes que lui a construit Enrico Baj — Massimo Schuster affronte la difficile épreuve : raconter, interpréter et vivre les gestes, la vie, les mésaventures et la mort des paladins de France, en respectant avec quelques coupures et quelques libertés philologiques, le déroulement complet de l’histoire, depuis l’arrivée d’Angélique à la cour de Charlemagne jusqu’au massacre de Roncevaux, en s’arrêtant plusieurs fois dans le magique bois des Ardennes, passant par le Cathaï et par Paris, par d’obscures forêts de dantesque mémoire et des campements où les meilleurs et les pires chevaliers de France, d’Espagne et d’Afrique trament les uns contre les autres, tombent amoureux et, se désespérant, meurent.
Roland, Renaud, Charlemagne, Ganelon de Mayence, Astolphe, Ferragut, la fière Bradamante, la belle Angélique, l’évêque Turpin, Marsile, Balugant, Falséron : sur scène plus de trente chevaliers. Et, aux commandes, un seul homme : le chevalier Schuster de la Mancha.
À la fin, on éprouve une étrange sensation : celle d’être entouré de fantômes dont il est impossible de s’affranchir, comme il l’est pour Roland, qui ne veut pas vivre sans ses paladins.
Il suffit de savoir les regarder, de décider que, grâce aux yeux possédés d’un fou, qu’il s’appelle Cervantès, Van Gogh, Enrico Baj ou Massimo Schuster peu importe, on peut voir d’autres histoires, et loin, très loin.
Francesco Niccolini


LA PRESSE
Les Giboulées à Strasbourg ont fait un triomphe à Massimo Schuster, du Théâtre de l’Arc-en-Terre. Son Roncevaux ! a été ovationné.
Pour Massimo Schuster, le public était venu nombreux. Et en a eu pour son argent. En grande forme le show-man marseillais a emporté la salle dans sa fresque chevaleresque. Devenu Don Quichotte se confiant à sa Dulcinée, le comédien conte avec verve les aventures de Roland, d’Angélique, de Charlemagne et des autres, avec force fracas de marionnettes totems s’entrechoquant dans la bataille, hurlant vengeance, honneur ou fidélité.
Seul en scène, Massimo Schuster, transporté par la force de ses personnages, a su faire marcher des armées, pleurer des femmes et mourir des amants. Epique, comme souvent, son spectacle a revisité l’histoire de Roncevaux et la mort de Roland. Et si le récit n’y est pas toujours fidèle à sa Chanson, ses thèmes universels — l’amour, la trahison, la bravoure et le dévouement — y sont bel et bien présents. Pour le plus grand bonheur des amateurs du genre.

Marie Marty, Dernières Nouvelles d’Alsace, 30 mars 2007


  • Texte Massimo Schuster et Francesco Niccolini
  • marionnettes Enrico Baj
  • création lumières et régie générale Silvio Martini
  • mise en scène et jeu Massimo Schuster
  • Coproduction Porto 2001 — Capitale Européenne de la Culture, Portugal ; Museo Internazionale delle Marionnette Antonio Pasqualino, Palerme, Italie ; Armunia — Festival della Riviera, Castiglioncello, Italie
  • Reprise en résidence à L’Estive / scène nationale de Foix avec l’aide du TJP / Strasbourg, CDN d’Alsace.